Descartes : De quoi pouvons-nous douter ?
On peut douter des préjugés et des mœurs
Les préjugés de l'enfance
Nos prétendues vérités peuvent n'être que des préjugés acquis durant l'enfance ou l'éducation.
Le relatif culturel : les mœurs
Les coutumes et mœurs culturelles, telles que l'habillement ou les comportements, varient grandement et ne sont donc pas universellement valides.
On peut douter des sens
Les sens sont souvent trompeurs et ne fournissent pas de perceptions fiables. Ce qui nous a trompé une fois peut nous tromper toujours.Un même objet peut être perçu différemment selon les individus ou les circonstances (ex: goût amer ou doux, bâton semblant coudé dans l'eau).
On peut douter de la raison
LA RAISON N'EST PAS TOUJOURS FIABLE
Paralogisme (Involontaire)
Tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat.
Parallèle raisonnement syllogisme : Le syllogisme est un raisonnement logique formé de deux prémisses (deux propositions supposées comme vraies) et d'une conclusion. Par exemple : Tous les Hommes sont mortels. Socrate est un Homme. Donc Socrate est mortel.
Sophisme (volontaire)
Si on ne diminue pas les charges patronales, le chômage va augmenter. Le chômage augmente, donc c'est parce qu'on n'a pas diminué les charges patronales.
Sandra fume. Fumer donne le cancer. Donc Sandra va mourir d'un cancer.
Problème de raisonnements : on peut se tromper involontairement dans un raisonnement très long ( voir principes de la philosophie)
Doute des vérités logiques
Même les vérités universelles comme 2+3=5 peuvent être remises en question, car notre entendement est structuré d'une manière qui pourrait être différente. C'est le point de départ de la première méditation de Descartes. Descartes ne doute pas encore de la réalité des choses mais de notre accès humain à cette réalité.
On peut douter de la réalité (matrix, inception)
L'argument du fou
Dans la première Méditation, Descartes explore l'idée que nous pourrions être fous et percevoir une réalité erronée, comme des miséreux se croyant rois. Cette subjectivité rend difficile de distinguer la folie de la raison.
L'argument du rêve
Descartes soulève aussi l'argument du rêve : comment distinguer avec certitude si nous sommes éveillés ou si nous rêvons? Cette incapacité remet en question la certitude de toute expérience sensible.
LA METAPHORE DU PANIER
Face à un panier contenant à la fois des fruits mûrs et pourris, le doute méthodique de Descartes suggère de tout rejeter (Tabula Rasa).
Pourquoi cette remise en question totale, jetant vérités et erreurs ?
1
Le tri serait trop long.
2
Trier exige de posséder déjà le critère du vrai, que l'on cherche précisément.
La pensée est la conscience
Dans le cartésianisme, il y a une identité immédiate entre la pensée et la Conscience.
La Conscience est une saisie directe de la pensée.
Cette conscience est réflexive : la pensée fait d'elle-même l'objet de sa propre pensée, se retournant sur elle-même.
Principes I,9
"Par le nom de pensée, j 'entends tout ce qui se fait en nous de façon que nous en soyons conscients, et pour autant que nous en ayons conscience."
1
La pensée est un attribut qui ne saurait être séparé de ce sujet "Je".
2
Il n'y a pas de "Je" en dehors de "Je pense".
3
Le "Je" est donc "la substance pensante".
C'est pour Descartes la définition claire de ce qu'on nommait auparavant « âme » ou "esprit" sans pouvoir en donner de définitions claires.
L'âme est une substance pensante
"Je ne suis rien précisément parlant, qu'une chose pensante."
Cette définition implique que l'âme est intrinsèquement liée à la conscience et doit toujours être consciente.
Quelle est la spécificité de cette "RES COGITANS?"
La "Res Cogitans" est avant tout caractérisée par la conscience réfléchie.
Descartes établit une distinction fondamentale entre deux types de substances :
Substance Pensante
Non étendue, consciente, réfléchie.
Substance Étendue
Occupe l'espace, matérielle.
La conscience est une entité unique : elle n'est pas une "chose" parmi les choses matérielles. L'expérience introspective révèle le "moi" comme distinct des objets du monde, soulignant que la conscience est non-chose.
Le Solipsisme : La Réalité du "Moi" Seul. Solus ( Seul) . ipse( lui-même)
La conscience ne peut douter que de l'existence de son propre soi.
Pour le sujet pensant, sa seule réalité indubitable est lui-même.
Cette découverte du "moi" unique est souvent déconcertante.
L'Expérience Inaliénable de la Conscience
L'expérience de la conscience est une réalité dont on ne peut échapper : celle de soi-même. Cela soulève la question fondamentale : "Pourquoi moi dans ce corps-ci et pas un autre ?"
Deux formes de conscience
1- CONSCIENCE RÉFLÉCHIE
C'est la conscience qui se prend elle-même pour objet : la conscience d'être conscient, la pensée de sa propre pensée.
2- CONSCIENCE IMMÉDIATE OU SPONTANÉE
C'est la conscience du sujet face à l'objet, sans que le sujet soit conscient de son propre acte de conscience. Un rapport du sujet à l'objet.
Pour Descartes, la Conscience et la pensée sont une même chose
Implications
Pour Descartes, une pensée inconsciente n'est pas une pensée.
Nature de la pensée
Il n'est pas nécessaire d'ajouter une opération extérieure pour rendre la pensée consciente.
Temporalité du "Je pense"
Le "Je pense" n'est légitime qu'au présent de l'indicatif.
Cependant, cette conception pose problème :
  • Sommes-nous toujours conscients ?
  • Qu'en est-il des interruptions de la conscience ?

Critique : Les philosophies du sujet qui fondent la pensée sur le Cogito ne risquent-elles pas d'ignorer les conditions matérielles du sujet philosophant ?
Le problème cartésien du dualisme et de la conscience
Le dualisme cartésien pose un problème fondamental : l'opposition entre la conscience immédiate et la conscience réfléchie.
Pour Descartes, il existe deux substances distinctes : la substance pensante (l'âme, le sujet) et la substance étendue (le corps, les objets du monde). Cette distinction se reflète dans les deux formes de conscience :
Conscience Immédiate
Elle est en rapport avec les objets du monde (substance étendue).
Conscience Réfléchie
Elle est en rapport avec le sujet pensant (substance pensante).
La question centrale est de savoir comment ces deux formes de conscience, de nature différente, peuvent former une unité et comment l'on passe de l'une à l'autre. Le cartésianisme peine à expliquer cette liaison, ce qui ramène au problème plus large du rapport entre l'âme et le corps.
La Princesse Élisabeth de Bohême a d'ailleurs interpellé Descartes sur ce point crucial de l'union de l'âme et du corps (1647), soulignant la difficulté de mettre en relation le spirituel et le matériel.
Descartes : La garantie divine de l'adéquation
Dans sa 3e Méditation, Descartes postule que Dieu garantit l'adéquation entre nos pensées et la réalité, assurant ainsi la validité de notre rapport au monde. Dieu est le garant de la vérité développée par le sujet pensant.
Descartes : « L'idée d'un être plus parfait que le mien doit nécessairement avoir été mise en moi par un être qui soit effectivement plus parfait. » Le moins parfait ne peut pas concevoir le plus parfait.
Ce postulat est essentiel pour lier le monde et le sujet, ainsi que les deux types de conscience.